Hommage à Richard Joseph

Le 4 mars 2007, Richard Joseph s’est éteint, laissant derrière lui un héritage impressionnant. La musique des nombreux jeux auxquels il a participé résonne toujours dans le cœur de beaucoup de joueurs. Focus sur un musicien et un technicien hors pair.

Avant les jeux vidéo

Né le 23 avril 1953, Richard Joseph baigne très rapidement dans le monde du divertissement et du spectacle. Dans la famille, c’est même une vocation ! Son père, Teddy, était directeur de production pour le cinéma, travaillant notamment pour Alfred Hitchcock ou encore John Schlesinger (Les envoûtés, au delà des lois). Pat, son frère, possède une boîte d’effets spéciaux qui a oeuvré sur des blockbusters comme Gladiator. Son autre frère Eddy, est un superviseur du son reconnu pour son travail sur des films comme Harry Potter, Quantum of Solace ou encore United 93. Quant à Richard, il prend, dès son plus jeune âge des cours de solfège, de chant, de piano et même de contrebasse. Il enchaine même sur des études de musique à la ??? et se spécialise dans la composition.

Sa carrière musicale commence au début des années 70. Ses études l’ennuient profondément, il décide donc de tout plaquer pour rejoindre un groupe de Rock appelé Guts. A partir de là (accrochez-vous), beaucoup de choses vont s’enchaîner en très peu de temps. Désormais guitariste rockeur, il est rapidement repéré par la maison de disques EMI pour l’enregistrement d’un single. Par la suite il intègre le groupe CMU, qui en 1973 l’engage comme guitariste et chanteur pour son second album, Space Cabaret.

Avec une certaine ironie, l’argent gagné chez EMI lui permet de s’affranchir de leur contrat d’exclusivité pour former le groupe Baghdad Five. Il loue un studio à Cherleywood pour enregistrer ce qui sera l’unique single du groupe « Loving Affection ». Cette nouvelle aventure ne va pas plus loin mais qu’importe ! Désormais libre il collabore avec un groupe de jazz nommé Shakatak et travaille en parallèle en freelance pour la télévision.

L’album Space Cabaret de CMU

L’occasion fait le larron

Tout cela nous amène en janvier 1986. Richard travaille toujours à la composition de jingles pour la télévision mais rêve de quelque chose de plus enrichissant. En feuilletant le magazine Melody Maker, il tombe sur une annonce de la société Palace Software pour un poste de compositeur de jeux vidéo, même s’il n’y connait pas grand chose dans ce domaine. Malgré cela, Richard repense à ces « essais » musicaux sur MSX et ZX Spectrum et se dit que l’approche peut être intéressante.

Pete Stone, PDG de Palace le reçoit pour mieux lui expliquer ce qu’il attends comme résultat. Pour cela, il lui fait écouter la musique de « Monty on the Run », un jeu C64 dont la musique a été composé par Rob Hubbard, compositeur célèbre de la machine. Après cet entretien, Richard se voit confier la bande-son de Cauldron II pour C64…qu’il doit boucler en deux semaines! Joseph relève le défi avec succès et scelle ainsi sa collaboration avec Palace Software.

Pete Stone et Paul Norris, de Palace Software

Le projet le plus marquant de cette période est la bande-son de Barbarian ! L’idée des développeurs est de restituer une bande-son à la Conan le Barbare et Kings of the Sun (un film de 1963). Richard livre là une de ces plus magnifique réalisation malgré la difficulté technique pour retranscrire des musiques orchestrales sur la puce SID du C64.

Il a désormais toute la confiance de Pete Stone et en dépit quelques infidélités chez d’autres éditeurs (comme la bande-son de Defender of the Crown sur C64), son travail chez Palace devient prioritaire . Pourtant il se sent de plus en plus à l’étroit dans ces compositions pour machines 8-Bits depuis qu’il a découvert l’Atari ST et l’Amiga.

La pochette de Barbarian, un peu kitsch, quand même.

La consécration

Malheureusement, se tourner vers l’Amiga implique de s’éloigner de Palace (qui se consacre uniquement aux 8-Bits). Mais qu’importe, Richard Jospeh reprend sa liberté et se met à travailler pour son compte. La machine le décourage un peu jusqu’à ce qu’il découvre Noisetracker, un logiciel lui permettant de travailler à partir de samples.

Ses premiers projets sont d’avantages technique et se concentrent sur l’optimisation des sons et des musiques sur la machine de Commodore. Il collabore notamment avec les Bitmap Brothers et Sensible Software. Les samples de Betty Boop sur Magic Pocket (1991) ? C’est grâce à lui ! le « into the wonderful » de Gods (1991)? C’est encore grâce à lui ! Il se lie d’amitié avec Jon Hare de Sensible Software avec qui il co-écrit les morceaux les plus connus du studio. Souvenez-vous du « War, never been so much fun » de Cannon Fodder (1993) ou encore du « Goal Scoring Superstar Hero » de Sensible World of Soccer (1994).
(Ndr : Si vous ne connaissez pas ce dernier, je vous invite à jeter au Musicbox de PH consacré aux jeux de foot)

Ce que l’on peut retenir de sa période Amiga c’est sa volonté à pousser la machine dans ses derniers retranchements, avec l’intégration des voix dans le jeu Mega-lo-Mania (technique réutilisée dans d’autres titres) où encore la musique dynamique de Chaos Engine (1993).

L’introduction de Cannon Fodder restera dans les mémoires avec une mise en scène très funky !

Une anecdote assez amusante illustre le jusqu’au-boutisme de Joseph. Alors qu’il travaille sur le jeu Speedball 2, il enferme sa petite amie de l’époque dans une armoire avec des coussins et un micro afin d’obtenir un échantillon vocal pour un cri. Malgré plusieurs essais le résultat ne lui convient pas. Il se met alors à taper sur l’armoire pour obtenir des cris plus réalistes!

Au revoir l’amie

Avec la fin de l’Amiga, son implication la dans musique de jeux vidéo se fait plus discrète pour un temps. De 1996 à 2000, il travaille comme directeur général chez Audio Interactive Ltd. et participe à sa mise en place dans les studios de cinéma British Pinewood. Il prends part à des projets annexes comme le « Yellow Album » des Simpsons, deuxième album inspiré de la série animée, sorti en 1998.

Richard Joseph a participé au Yellow Album des Simpsons

S’ensuit une collaboration avec James Hannigan, compositeur sur de nombreux jeux comme Wing Commander : Privateer 2, Space Hulk ou encore Command & Conquer. Ils travaillent ensemble sur Theme Park World, qui sera là première bande-son de jeu vidéo à remporter le British Academy of Film and Arts interactive Entertainment Awards (plus connu sous le nom de BAFTA).

A la remise du BAFTA en compagnie de Jon Hare (premier en partant de la gauche)

Après avoir travaillé sur les bande-sons de Republic : The Revolution et Evil Genius pour Elixir Studios, Richard s’installe en France où il fonde SoundTropez, une société spécialisée dans les bandes-sons utilisant les nouvelles technologies.

Richard Joseph décède le 4 mars 2007, à l’âge de 53 ans, d’un cancer des poumons. Si son nom n’est pas resté dans les mémoires, sa musique et son talent restent indissociables des nombreux souvenirs de milliers de joueurs.

Morceaux choisis :

Les jeux les plus marquants sur lesquels il a travaillé :

Cauldron II: The Pumpkin Strikes Back (1986)

The Sacred Armour of Antiriad (1986)

Barbarian: The Ultimate Warrior (1987)

Barbarian II: The Dungeon of Drax (1988)

Speedball 2: Brutal Deluxe (1990)

James Pond (1990)

Cadaver (1990)

Mega Lo Mania (1991)

Magic Pockets (1991)

James Pond 2 (1991)

Gods (1991)

The Aquatic Games (1992)

Sensible Soccer: European Champions (1992)

The Chaos Engine (1993)

James Pond 3 (1993)

Cannon Fodder (1993)

Brutal Sports Football (1993)

Diggers (1993)

Sensible World of Soccer (1994)

Rise of the Robots (1994)

Cannon Fodder 2 (1994)

Flight of the Amazon Queen (1995)

The Chaos Engine 2 (1996)

Street Racer (1997)

Sensible Soccer ’98 (1998)

Creatures 2 (1998)

Theme Park World (1999)

Colony Wars: Red Sun (2000)

Action Man: Jungle Storm (2000)

Theme Park Inc (2001)

Republic: The Revolution (2003)

Evil Genius (2004)

The Elder Scrolls IV: Oblivion (2006)

Sensible Soccer 2006 (2006)

 

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